Gouvernement du Canada
Symbole du gouvernement du Canada

COMMON MENU BAR BEGINS | DEBUT DE LA BARRE DE MENU COMMUNE

Rencontre avec Agha Jan Kakar

Gouvernement du Canada

Entre hommes, tenir la main de son ami
ou collègue est une chose tout à fait
naturelle ici.

Par: gend. Annie, SPVM (Police de Montréal)

L’Afghanistan est un endroit significatif en cette journée; un moment de l’année qui fait réfléchir sur la place qu’occupe la femme dans ce pays. Je souhaitais donc passer ce moment avec mes collègues policières afghanes au Quartier General, à discuter confortablement. En effet, lors de ma dernière visite, le quartier général avait été attaqué la veille par des insurgés. Toutes les vitres des bâtiments avaient volé en éclats suite à une attaque au véhicule piégé.

À chaque visite, je me rends compte que mes sœurs d’arme et mes frères aussi ont la vie dure. Un éternel recommencement. Chacun se bat pour sa survie et son équilibre. Les afghans arrivent à faire beaucoup avec peu de ressources et dans des conditions presque impossibles. Ils se relèvent systématiquement après les épreuves et je constate à quel point nous pouvons apprendre d’eux.

Peut-être n’ont-ils pas les même connaissances, la même éducation ou organisation, ni l’environnement stable de notre pays riche. Malgré tout, ils ont beaucoup et sinon plus à nous montrer : le sens de la famille, la capacité de se relever à chaque nouvelle épreuve, de s’adapter de manière inédite, de démontrer cette force de vivre incomparable et cette amitié naturelle entre hommes, parfois incompréhensible d’un point de vue extérieur.

Tout d’abord, le sens de la famille apparaît clair quand nous longeons les routes. On peut voir les nombreux cimetières ou reposent les membres de mêmes familles. Ces endroits protégés par des murs érigés à l’infini abritent grand-père, grand-mère, père, mère, enfants et petits-enfants s’appellent «compound ».

Quant à la capacité de se relever, on la reconnaît après les bombes, lorsque les Afghans se relèvent les manches, récupèrent les dépouilles de leur collègue, ami, enfant, frère, sœur, mari ou femme, et se remettent au travail. Cette force de vivre et cette qualité d’adaptation les incitent à continuer leur vie. Peut-être que côtoyer la mort à tout moment accroît leur instinct de survie. Ca peut vous sembler dur mais, ici, il s’agit d’une réalité de tous les jours.

Enfin, cette amitié que l’on peut régulièrement constater lorsqu’un homme tient la main de son ami ou collègue, chose tout à fait naturelle ici. Mêmes après des mois sur le terrain, cela peut laisser perplexe quelques-uns de mes collègues CIVPOL. Pourtant, certains se prêtent à cette pratique par respect de la culture, sans pour autant provoquer un brin d’inconfort ! En Afghanistan, c’est la forme que prend le respect d’un homme envers un autre.

En cette journée de la femme, j’étais au Quartier Général de la police de Kandahar. J’attendais sagement d’avoir accès à un interprète afghan pour rencontrer les policières. Par un pur hasard, trois interprètes afghans de notre camp passaient par là et m’ont offert leur service sans rien en retour. Ça m’a alors fait rappeler un autre point : leur générosité; cela fait aussi partie de leur richesse. La veille, ces mêmes personnes m’avaient reçu pour prendre le thé. L’importance d’établir des liens ici peut nous rendre service et même parfois nous sauver la vie…

Cette journée, fut pour moi mémorable. Quand je suis entrée dans le bureau des policières, j’ai rencontré Agha Jan Kakar avec qui j’ai eu la chance d’échanger sur la vie et la carrière de Malalai Kakar, sa sœur policière. Malalai était cette policière exceptionnelle et maintenant une légende en Afghanistan qui a ouvert le chemin pour les femmes du pays, et où les talibans ont réservé un triste sort. Le frère de Malalai devant moi me raconte toute la fierté et l’admiration qu’il a pour sa sœur. Il s’agit d’hommes comme celui-ci qui, par leur attitude, peuvent reconstruire un pays. Ce sont là des souvenirs qui m’accompagneront toute ma vie.

Finalement, je ne peux passer sous silence les événements des derniers jours. Les insurgés continuent à faire sentir leur présence à Kandahar. On peut le constater par les dommages dans la ville. Bientôt, les appels seront plus fréquents et les risques plus grands. J’ai donc une pensée pour mes frères d’armes CIVPOL qui patrouillent la région et cohabitent dans les postes de police de Kandahar à faire du mentorat et de la formation pour améliorer la condition des policiers afghans: Peter Christie, Craig Dickie, Chris Short, John Gilmor, Bill Vollmar, David McIntire, Amir Butt, Andre Wyatt et Michel Boisvert. Encore une fois, ce sont des hommes comme ceux-ci qui peuvent aider à reconstruire un pays. Ils méritent tous notre respect, notre admiration et beaucoup plus qu’une médaille de service.