
Gend. Jeff Hirsch
Les capacités de survie sont une des compétences les plus importantes que les policiers canadiens apprennent aux policiers afghans. Dans le climat actuel de contre-insurrection, la capacité de pointer un fusil, de s’abriter, de donner les premiers soins et de détecter des engins explosifs sont en tête de la liste des compétences qui sont indispensables aux agents de la Police nationale afghane (PNA) s’ils veulent demeurer en vie.
Au cours des trois dernières années, le contingent de policiers civils canadien (CIVPOL) s’est rendu compte qu’il faut absolument donner des cours d’alphabétisation aux forces policières, puisqu’elles sont principalement analphabètes. Pour que la police soit prise au sérieux, et pour qu’elle gagne la confiance du peuple Afghan, les gens doivent voir les policiers prendre en note leurs plaintes et entreprendre des enquêtes.
L’alphabétisation est essentielle chez les commandants de la PNA pour lire des cartes, planifier des patrouilles, faire rapport au quartier général provincial sur les activités quotidiennes et présenter toute une gamme de demandes, sur des nouvelles recrues ou des uniformes hivernaux, par exemple. Dans certains districts, seulement trois ou quatre agents de police savent lire et écrire, habituellement des sergents et le commandant. C’est donc à ces quelques personnes que revient tout le fardeau administratif et logistique de gérer un commissariat de police, puisqu’elles sont les seules en mesure de remplir les formulaires et de préparer les rapports requis.
En mars 2008, le gend. Jeff Hirsch, un membre de la GRC de la Nouvelle Écosse, a évalué le projet pilote d’alphabétisation en cours à Kandahar. Son évaluation lui a permis de déterminer que la démarche centralisée de formation présentait plusieurs problèmes, puisque la plupart des étudiants ne pouvait pas se rendre au cours et que les enseignants choisis n’étaient pas réellement qualifiés pour donner ces cours. On a mis un terme à ce projet pilote, puis élaboré un nouveau concept pour offrir cette formation.
Le gend. Hirsch a passé les huit mois suivants à travailler avec des agents de programme du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI) afin d’obtenir du financement dans le cadre du Fonds pour la paix et la sécurité mondiales, qui servirait à mettre sur pied un nouveau programme d’alphabétisation pour la PNA dans la province de Kandahar. Des consultations ont été tenues avec des membres de la PNA, tant dans les districts que dans le quartier général provincial, ainsi qu’avec le ministère de l’Éducation afghan, qui serait chargé de fournir des enseignants qualifiés dans le domaine de l’alphabétisation. Les enseignants seraient payés pour se rendre dans les commissariats de police, et ce, plusieurs fois pendant la semaine pour donner des cours d’alphabétisation aux policiers dans leur propre milieu de travail. Grâce à cette démarche décentralisée, la PNA serait davantage en mesure d’offrir des services de police dans ses districts et elle pourrait accroitre la participation de ses policiers aux cours. Elle n’aurait plus non plus à composer avec la nécessité de déplacer chaque jour des policiers un peu partout dans la province pour qu’ils assistent au cours, ce qui représentait un lourd fardeau pour la PNA.
Dans le cadre de cette démarche, on utilisera l’actuel programme afghan d’alphabétisation pour adultes, qui a été conçu de toutes parts par le ministère de l’Éducation et qui est offert en pachto, la langue que parle la majorité des policiers de la province de Kandahar. Le cours est d’une durée d’un an et demi, à raison de cinq à huit heures de cours par semaine. À la fin du cours, les participants devraient avoir acquis un niveau d’alphabétisation fonctionnel équivalent à celui d’un élève canadien de quatrième année.
Les membres de la CIVPOL continueront de surveiller les progrès du programme de formation en alphabétisation, et ils aideront à régler tout problème survenant pendant la mise en œuvre. Le cours pilote a commencé en février 2009, dans le 9e district de Kandahar, sans doute le district le plus instable de la ville. Après six semaines d’évaluation, la CIVPOL travaillera avec le ministère de l’Éducation et la PNA à l’expansion de la formation pour qu’elle soit donnée dans le reste de la ville de Kandahar ainsi que dans certains districts situés en périphérie. Cette première évolution du programme permettra d’embaucher un total de 16 enseignants, donnant ainsi la chance à entre 220 et 300 membres de la PNA d’accroître leur niveau d’alphabétisation.
Outre les avantages évidents de la capacité des policiers de lire des cartes d’identité et de remplir des rapports de base, le gend. Hirsch croit que l’alphabétisation aura d’autres avantages. Il espère que ces cours accroîtront l’estime de soi des policiers, et qu’ils leur permettront de gagner la confiance des gens dans les collectivités qu’ils desservent. On espère également qu’en offrant des cours en milieu de travail, un plus grand nombre de recrues se présenteront à la PNA et que celle ci aura un taux de conservation du personnel plus élevé puisque les nouvelles recrues resteront pendant l’année et demie requise pour compléter le programme d’alphabétisation.
Selon le gend. Hirsch, pour que l’Afghanistan puisse continuer d’assurer la sécurité de sa population, les gens doivent croire en la capacité du gouvernement Afghan et des services de police. Il espère que ce nouveau programme de sensibilisation à l’alphabétisation viendra compléter les autres efforts de formation visant à professionnaliser la PNA et à lui permettre de gagner le respect du public dont elle a besoin. En fait, il s’agit d’un programme où les Afghans enseignent à des Afghans, et cette méthode de renforcement des capacités ne peut qu’être fructueuse.