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Intervention du Ministre Cannon à la Conférence internationale de Kaboul sur l’Afghanistan, le 20 juillet à Kaboul

Rappelons que les réunions que les ministres des Affaires étrangères et les dirigeants des pays du G-8 ont tenues au Canada en mars et juin derniers, respectivement, nous ont permis de réaffirmer notre détermination collective d’épauler l’Afghanistan dans sa voie vers la stabilité et la paix. Les pays membres en ont profité pour lancer un appel au gouvernement afghan, lui demandant d’adopter des mesures concrètes en vue de s’acquitter des obligations assumées lors de la Conférence de Londres.

Et voici l’heure venue de constater les efforts consentis pour répondre à cet appel. Le Canada salue le travail ardu que le gouvernement afghan a consacré à l’examen de ses priorités et à l’énoncé du plan d’action présenté aujourd’hui. Le défi consiste désormais à faire matérialiser ce plan.

Un obstacle majeur à la mise en œuvre réside bien entendu dans les défis qui se posent sur le plan de la sécurité. Les actes violents et les attentats perpétrés à l’aveuglette par les insurgés continuent d’entraver le passage de l’Afghanistan vers une démocratie autonome. Cela dit, le Canada demeure convaincu que les efforts non négligeables consentis par les forces internationales et afghanes pour protéger le peuple afghan finiront par changer ce climat de sédition.

Le développement d’une armée et d’un corps de police afghans autonomes est un facteur fondamental pour la stabilité durable du pays. Le cadre de travail conçu pour la cession des responsabilités en matière de sécurité, tel qu’énoncé dans le plan de transition, prévoit les conditions idoines pour cela.

À mesure que l’on ira de l’avant avec la transition progressive de provinces choisies, il importera que les acteurs civils et militaires, afghans aussi bien qu’internationaux, travaillent en étroite collaboration. Les conditions pour la transition, particulièrement celles régissant le développement et la gouvernance, doivent être réalistes et mesurables, en plus de s’adapter aux besoins particuliers des diverses provinces sur le terrain.

Nous reconnaissons que la solution ne saurait être exclusivement militaire et qu’elle requiert également une démarche politique. Celle-ci devra s’articuler autour d’un processus de réconciliation inclusif et universel, qui s’adressera donc à tous les Afghans et Afghanes, quelle que soit leur origine ethnique ou tribale. Les personnes qui s’engageront dans la voie de la réconciliation devront renoncer à la violence, accepter la Constitution afghane et couper tout lien avec des groupes terroristes tel Al-Qaïda. Il va de soi qu’il importera tout autant que les efforts de réintégration soient conformes à la Constitution afghane et aux obligations juridiques internationales de l’Afghanistan.

Un autre élément essentiel pour pouvoir tisser une relation de confiance mutuelle entre le gouvernement afghan et son peuple, consiste à répondre des infractions passées et présentes commises contre les droits de la personne. C’est pourquoi le Canada implore le gouvernement afghan de mettre à jour son Plan d’action triennal sur la paix, la réconciliation et la justice, qui date de 2006.

Les Afghans nous réitèrent à tout instant que le manque d’accès à la justice et la faiblesse de l’État de droit sont au nombre des principaux aléas qui les empêchent de se sentir en sécurité. Nous encourageons donc fortement le gouvernement afghan à se résoudre à examiner et à renouveler son programme de justice national en visant les priorités énoncées dans le programme intitulé Justice pour tous.  

Les enjeux qui nous occupent aujourd’hui sont inter-reliés. Une bonne gouvernance, particulièrement pour la lutte contre la corruption, constitue le noyau de tous nos objectifs. Le gouvernement afghan a entrepris une démarche importante en cherchant à établir un programme de réforme ambitieux qui englobe des volets aussi divers et variés que la lutte contre la corruption, une bonne gestion des finances publiques, le développement des capacités, le renouvellement de la fonction publique, la promotion des droits de la personne et le renforcement des administrations infranationales.

Autant de défis, donc, où il sera impératif de faire des progrès si l’on veut encourager les Afghans à faire confiance à leur gouvernement et voir à l’avènement d’une stabilité durable. Nous encourageons le gouvernement afghan à veiller à ce que ses programmes de gouvernance se penchent également sur la nécessité pressante de rendre ses services plus accessibles au peuple.

Par ailleurs, nous demandons avec instance au gouvernement de procéder à une réforme de fond en comble du système électoral. Certaines mesures ont déjà été prises à ce chapitre depuis l’élection de 2009, certes, mais il reste bien du chemin à faire pour établir un système électoral qui soit durable et digne de foi aux yeux de tous les Afghans et Afghanes.

Le Canada demeure résolu à appuyer tous ceux et celles qui œuvrent pour la protection, la promotion et la défense des droits de la personne partout en Afghanistan. Le gage du respect de ces droits réside dans l’État de droit, la voix indépendante de la société civile et des médias afghans et les institutions qui se consacrent à la promotion des droits et de la nécessité de rendre compte, dont la Commission indépendante des droits de la personne en Afghanistan, la Commission électorale indépendante, la Commission des plaintes électorales, le régime judiciaire et les organes élus.

Nous nous attendons à ce que le gouvernement afghan respecte son obligation de longue date à l’égard des droits de la personne par le financement de la Commission des droits de la personne à même les deniers publics pour l’exercice prochain, et sur une base annuelle par la suite.

La promotion des droits de la femme est également essentielle pour la construction d’un Afghanistan solide et stable. Nous sommes en effet persuadés que la stabilité du pays exige que la voix des femmes se fasse entendre dans les institutions et tout au long des processus politiques.

Pour vraiment avancer dans ce domaine, il s’agira de cerner les jalons prévus dans le Plan d’action national pour que le genre féminin et les droits des femmes afghanes soient intégrés aux programmes prioritaires. Le Canada s’attend également à ce que le gouvernement afghan adopte une stratégie pour la mise en application de la loi sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

La stabilité en Afghanistan se verra sensiblement renforcée par une coopération plus intense dans la région. J’en veux pour preuve la présence d’autant d’acteurs régionaux. Le processus de Doubaï, dirigé par l’Afghanistan et le Pakistan et modéré par le Canada est un excellent exemple de ce qui peut être accompli lorsque deux pays se concertent pour coordonner leurs efforts et faire avancer des enjeux aussi décisifs que les ententes douanières et la lutte contre le trafic de stupéfiants.

Je me réjouis d’avoir eu l’occasion de lancer, de concert avec mes collègues du G-8, l’Initiative pour la prospérité de la région frontalière entre l’Afghanistan et le Pakistan à l’occasion de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G-8 qui a eu lieu à Gatineau, Québec au mois de mars dernier. Cette initiative se conjugue bien avec le programme afghan de développement de l’économie et des infrastructures.

L’effort de coordination que le gouvernement afghan a entrepris à l’issue de la Conférence de Londres a énormément contribué à définir ses priorités clairement. Nous nous devons d’applaudir les efforts du gouvernement en vue de veiller à ce que toutes les parties intéressées respectent les principes convenus à l’échelle internationale pour garantir l’efficacité de l’aide. Nous nous réjouissons à l’idée de poursuivre nos travaux auprès du gouvernement afin de définir les critères et les processus qui permettront de garantir la reddition de comptes et l’efficacité de toutes les aides reçues, qu’elles fassent partie ou non du budget national.

Je suis heureux de pouvoir affirmer que le portefeuille de la programmation actuelle du Canada est déjà bien adapté aux priorités afghanes cernées au moyen de cette démarche. Toutefois, nous encourageons le gouvernement à continuer à accorder la priorité à la prestation de soins de santé de base dans ses programmes nationaux et plus particulièrement de celles qui se rapportent à la santé maternelle et infantile, ce qui est appuyé par l’initiative lancée lors du récent sommet du G8 à Muskoka.

Le Canada attend avec impatience la suite du processus de Kaboul et une formulation claire sur la manière dont on entend faire connaître aux Afghans les progrès réalisés vis-à-vis de la mise en œuvre du plan d’action. Il faudra surveiller le respect de nos obligations mutuelles pour garantir le succès de la démarche.

Le Canada se sent encouragé par la présence de représentants de la société civile et du secteur privé parmi nous aujourd’hui. J’espère que cette occasion ne sera qu’une petite étape de la discussion qui se poursuit parmi tous ceux et celles d’entre nous qui tenons à la sécurité, à la stabilité et à la prospérité de l’Afghanistan.

Merci.