M. Stephen Wallace (vice-président, Groupe de travail sur l'Afghanistan, Agence canadienne de développement international): Merci beaucoup, monsieur le président, de cette occasion que vous me donnez ce matin de m'adresser à vous.
Monsieur le président, c'est avec plaisir que je compléterai l'information fournie par mon collègue du ministère des Affaires étrangères au sujet de l'appui du Canada à la promotion et à la protection des droits de la personne en Afghanistan, plus particulièrement aux droits des femmes et des filles.
Le Canada appuie depuis longtemps les institutions qui veillent à promouvoir et à protéger les droits de la personne en Afghanistan. Entre autres projets majeurs, mentionnons notre appui à la Commission indépendante des droits de la personne en Afghanistan. Nous versons actuellement septmillions de dollars à la Commission pour qu'elle puisse mettre en œuvre son plan d'action triennal, ce qui fait du Canada le premier donateur en importance de cette institution afghane clé.
Conformément à la constitution afghane, la Commission a pour mandat de promouvoir et de protéger les droits de la personne en enquêtant sur les plaintes concernant les violations alléguées des droits de la personne. Dans le contexte de la discussion d'aujourd'hui, la Commission joue un rôle clé dans la réaction afghane à la Loi sur le statut personnel chiite.
Outre son soutien direct à la Commission indépendante des droits de la personne, le Canada appuie plusieurs projets qui permettent d'améliorer l'accès des Afghans à la justice. Nous avons récemment annoncé une aide à l'Unité d'appui aux droits de la personne du ministère de la Justice, laquelle aide les organismes du gouvernement de l'Afghanistan à intégrer et à internaliser les droits fondamentaux dans leurs politiques, leurs lois et leurs secteurs de responsabilité respectifs.
Dans la pratique, nous appuyons un projet de l'Association internationale des avocats de la défense et de la Fondation juridique internationale qui vise à améliorer l'équité du système de justice pénale afghan en fournissant des services d'aide juridique aux Afghans démunis.
Dans le cadre de ses priorités plus générales en matière des droits de la personne, le Canada a accordé une attention particulière aux droits fondamentaux des femmes. Avec le soutien de l'ACDI, Droits et Démocratie joue un rôle de premier plan dans la réforme du droit de la famille, un enjeu étroitement lié aux droits fondamentaux des femmes et des enfants.
Je suis heureux de constater que M. Beauregard et M. Panossian comparaîtront devant le comité dans moins d'une heure.
Le projet portant sur les droits fondamentaux des femmes et des enfants a un aspect très pratique. Il est à la hauteur de 5millions de dollars et il permet d'ouvrir des centres d'aide juridique dans six provinces et d'améliorer l'accès des femmes et des filles au système juridique officiel.
En plus de ces projets directement liés aux droits de la personne, le Canada apporte un soutien majeur aux programmes dont le but est de promouvoir les droits des femmes et des enfants, notamment les filles. Conformément aux six priorités établies par le Canada en Afghanistan, nous appuyons une diversité de projets qui servent à améliorer l'éducation, la santé de la mère et de l'enfant, l'accès des femmes au marché du travail ainsi que la participation de celles-ci à la vie politique. Notre soutien à l'amélioration de l'accès à l'éducation, plus particulièrement pour les filles, est bien connu.
Au cours des dernières heures, le premierministre a annoncé certaines de ces mesures en Afghanistan.
Le Canada est aussi reconnu comme un donateur de premier plan du Programme d'amélioration de la qualité de l'éducation, un programme national qui permet au ministère de l'Éducation d'offrir des services d'éducation de qualité aux filles et aux garçons, en renforçant la capacité des collectivités de gérer les activités d'apprentissage, en investissant dans les ressources humaines, dont les enseignantes, et en construisant et en remettant en état des écoles.
Nous mettons en œuvre une vaste gamme de projets qui permettent de renforcer les capacités des femmes comme agents économiques, y compris par l'accès au crédit et à la formation professionnelle. Des 440000clients qui bénéficient de nos programmes de services aux entreprises et des services financiers en Afghanistan, près des deux tiers sont des femmes. Par ailleurs, nous contribuons à améliorer grandement la santé des femmes et des enfants au moyen de projets qui favorisent l'accès à des soins de santé de qualité et à des programmes d'immunisation, d'alimentation et de nutrition qui sont essentiels.
Depuis 2005, le Canada appuie la présence d'une conseillère en matière d'égalité entre les sexes au sein du ministère de l'Intérieur. Elle s'est attaquée avec beaucoup de succès, à notre avis, aux problèmes les plus ardus et les plus délicats auxquels sont confrontés les femmes en Afghanistan. Elle a intégré des programmes répondant spécifiquement aux besoins des femmes au sein de la Police nationale afghane, dont des unités d'intervention familiale composées de femmes policières répondant aux cas de violence familiale. Depuis peu, le Canada accorde son attention à la participation des femmes à la vie politique dans le contexte des élections prévues en 2009.
Même si notre travail se fait surtout par l'entremise de programmes nationaux de grande envergure, nous reconnaissons l'importance du rôle que joue la société civile pour ce qui est de réaliser des gains et de donner aux Afghans la chance d'exprimer leurs attentes en ce qui a trait à la condition des femmes et des filles. Notre Fonds de soutien ponctuel pour l'avancement des femmes est un mécanisme d'intervention rapide qui permet de fournir un soutien stratégique modeste à ces organisations.
Par exemple, par l'entremise de ce fonds, le Canada appuie la formation de 300 journalistes, hommes et femmes, afin de les sensibiliser davantage aux droits de l'enfant, à l'égalité entre les sexes et à la participation des femmes.
Sans contredit, cette gamme de projets fait toute une différence dans la vie d'un grand nombre de femmes et de filles. Cependant, les gains sont difficilement acquis et il reste beaucoup à faire. Notre but immédiat est de définir d'autres initiatives pendant la période d'examen qui permettront de corriger les lacunes dans le processus sous-jacents qui a mené à la version de la Loi sur le statut personnel chiite qui a été adoptée en mars.
Nous travaillerons avec nos partenaires actuels tels que Droits et Démocratie, la Commission indépendante des droits de la personne en Afghanistan, les parlementaires afghans et les organisations de la société civile afin qu'ils aient les outils nécessaires pour s'acquitter efficacement de leur rôle respectif dans le processus d'examen de la loi. Notre principal objectif est toujours de renforcer la capacité et la participation afghanes, à l'intérieur et à l'extérieur du gouvernement, afin de régler les problèmes de taille sur le plan des droits de la personne qui ont un impact négatif sur l'atteinte de progrès depuis trop longtemps.
Pour conclure, monsieur le président, en Afghanistan, les femmes demeurent confrontées à des problèmes et à des difficultés multiples. Elles sont toujours exposées à la violence et à la pauvreté, et sont privées de droits fondamentaux comme les droits à la propriété, à l'éducation et à l'alphabétisation. Les changements se feront lentement, et il y aura certainement des revers.
Toutefois, nous ne pouvons fermer les yeux sur les progrès que les femmes ont réalisés depuis 2001. Aujourd'hui, les Afghanes représentent 27 p.100 des parlementaires. Plus de 2millions de filles fréquentent l'école et plus de 290 000 femmes ont accès pour la première fois à des petits prêts et à des services d'épargne partout au pays. Les Afghanes sont elles-mêmes des agents de changement et des leaders dans le processus de développement.
Il n'y a pas de solution magique à l'avancement des droits de la personne, monsieur le président. L'histoire montre que les progrès en matière de promotion et de protection des droits de la personne consistent en une série de petits pas dans la bonne direction. Les récents événements en Afghanistan ont, en tout cas, eu pour effet d'intensifier notre importante collaboration avec l'Afghanistan sur des questions d'importance vitale, comme la condition des femmes et des filles. De nombreux défenseurs afghans des droits de la personne nous ont dit que les récents événements les ont rappelés à la réalité. Ces événements leur ont permis de se retrouver dans une meilleure position pour s'unir et s'exprimer d'une voix commune et plus forte.
Monsieur le président, nous serons heureux de répondre aux questions du comité sur la Loi sur le statut personnel chiite et sur notre appui plus général aux droits de la personne, plus particulièrement ceux des femmes et des filles en Afghanistan.
Merci de votre attention.